Épices et sauces de la cuisine asiatique : le guide complet du placard

Assortiment de sauces et épices de la cuisine asiatique sur un plan de travail

Ouvrez le placard d’une cuisine vietnamienne, chinoise ou japonaise. Vous y trouverez rarement trente flacons. Plutôt sept ou huit produits, toujours les mêmes, qui reviennent dans presque chaque plat. C’est là tout le secret. Maîtriser les épices et les sauces de la cuisine asiatique, ce n’est pas accumuler. C’est comprendre à quoi sert chaque bouteille et quand la sortir.

Ce guide complet passe en revue les sauces fermentées, les huiles, les vinaigres, les aromates frais et les mélanges d’épices qui font le goût de l’Asie. Avec, pour chacun, l’usage concret en cuisine et les pièges à éviter. Au restaurant O’Panda à Mérignac, ce sont ces mêmes produits qui tournent en cuisine du midi au soir.

L’umami, le fil rouge de toute la cuisine asiatique

Avant de parler produits, un mot sur ce qui les relie. L’umami. Ce cinquième goût, après le sucré, le salé, l’acide et l’amer, a été identifié en 1908 par le chimiste japonais Kikunae Ikeda à partir d’algue kombu. C’est cette sensation ronde, profonde, un peu « viandée » qu’on retrouve dans un bouillon de ramen ou une sauce soja bien faite.

Presque toutes les sauces asiatiques de base reposent sur la fermentation. Soja, poisson, riz, piment : on laisse le temps et les micro-organismes transformer la matière première. Résultat, des saveurs qu’aucune épice sèche ne peut donner. Quand on cuisine asiatique, on joue en permanence sur cet équilibre umami, sel, acidité, sucre. Garder ça en tête aide à doser au feeling plutôt qu’à la cuillère.

Les sauces à base de soja, la colonne vertébrale

La sauce soja est le sel de l’Asie. On la croise du Japon à la Chine, du Vietnam à la Corée. Mais sous ce nom unique se cachent plusieurs produits très différents, et c’est là que la plupart des gens se trompent au rayon asiatique.

La sauce soja claire (light soy sauce, 生抽 shēng chōu en chinois) est la version de tous les jours. Ambrée, fluide, franchement salée. C’est elle qui assaisonne les sautés, les marinades, les nouilles. Quand une recette dit juste « sauce soja » sans préciser, c’est celle-ci.

La sauce soja foncée (dark soy sauce, 老抽 lǎo chōu) joue un autre rôle. Plus épaisse, plus sombre, légèrement sucrée, elle sert surtout à colorer. Une cuillère à café suffit à donner ce brun laqué aux plats chinois. Attention à la main lourde : trop de soja foncée et le plat vire au noir.

Côté Japon, le shoyu est une sauce soja brassée avec du blé en plus du soja, ce qui lui donne des notes plus douces. Le tamari, lui, se fait avec très peu ou pas de blé. C’est l’option des personnes intolérantes au gluten, et son goût est plus rond, plus profond. Pratique pour tremper un sashimi.

Un mot sur la sauce soja sucrée qu’on trouve partout en France : elle a été créée ici, pour le marché occidental. Dans les cuisines d’Asie, elle n’existe quasiment pas. Rien d’interdit à l’utiliser, mais ce n’est pas elle qui vous rapprochera du goût d’un vrai plat thaï ou cantonais.

Sauce de poisson et sauce d'huître : l'umami brut

Sauce de poisson et sauce d’huître : l’umami brut

Voici les deux sauces qui font fuir au premier reniflement et qu’on ne lâche plus ensuite.

Le nuoc-mâm (ou nuoc mam, la sauce de poisson) vient du Vietnam. On fait fermenter des petits poissons, souvent des anchois, avec du sel, dans des jarres ou des fûts de bois, parfois pendant un an. Le liquide qu’on récupère est puissant, salé, profondément umami. Seul, il pique le nez. Dilué avec de l’eau, du sucre, du jus de citron vert et un peu d’ail, il devient la sauce d’accompagnement des nems et des rouleaux de printemps. On le retrouve aussi en Thaïlande (sous le nom de nam pla), au Cambodge et au Laos. Une bouteille dure des mois.

Pour une autre utilisation du nuoc-mâm, essayez cette recette de soupe vietnamienne traditionnelle.

La sauce d’huître est une invention cantonaise. Épaisse, brun foncé, brillante. On caramélise un bouillon d’huîtrès jusqu’à obtenir ce sirop salé-sucré. Elle apporte du corps aux plats sautés : bœuf aux brocolis, légumes au wok, nouilles. Une cuillère en fin de cuisson et le plat prend tout de suite une autre dimension. La marque Lee Kum Kee est la référence, elle a d’ailleurs inventé la recette à la fin du 19e sièclé.

Les sauces piquantes et pâtes fermentées

Le piquant asiatique n’a rien d’uniforme. Chaque pays a sa pâte, son niveau de feu, sa façon de l’utiliser.

Le gochujang est la pâte coréenne par excellence. Rouge sombre, épaisse, à base de piment, de riz gluant et de soja fermenté. Elle est piquante mais avec un fond sucré et umami qui la rend addictive. C’est elle qui donne sa couleur au bibimbap et aux marinades de barbecue coréen. Elle se conserve longtemps au frigo une fois ouverte.

La sriracha vient de Thaïlande. Piment, ail, parfois un peu de gingembre, le tout en sauce rouge vif et fluide. Plus directe que le gochujang, elle réveille un bol de soupe, des dim sum, un œuf au plat. À doser quand même : ça monte vite.

Le sambal oelek indonésien va à l’essentiel : du piment frais broyé avec du sel, point. Pas d’ail, pas de sucre. C’est le piquant pur, qu’on ajoute là où on veut du feu sans changer le goût du plat.

Du côté chinois, le doubanjiang (pâte de fèves et de piment du Sichuan) est l’âme du mapo tofu. Salée, piquante, fermentée, elle ne ressemble à rien d’autre. Et la sauce hoisin, plus douce, sucrée-salée, sert surtout à laquer le canard ou le porc. C’est un peu la sauce barbecue de la Chine, à base de fèves de soja fermentées, d’ail, de vinaigre et de sucre.

Reste la sauce satay (ou saté), crémeuse, brun clair, à base de cacahuètes grillées, de piment et d’épices. On l’utilise en Asie du Sud-Est pour les brochettes de poulet et les crevettes sautées. Elle se fait très bien maison, d’ailleurs, avec du beurre de cacahuète et du lait de coco.

Huiles, vinaigres et alcools de cuisine

Cette catégorie est souvent oubliée des guides, alors qu’elle change tout dans un plat.

L’huile de sésame grillé ne sert jamais à faire chauffer. C’est une huile de finition. Quelques gouttes en toute fin de cuisson, sur des nouilles froides ou un bol de riz sauté, et son parfum de noisette grillée envahit le plat. Une cuillère à café suffit, elle domine vite tout le reste.

L’huile pimentée (la-yu au Japon, chili oil en Chine) mélange huile et piment, souvent avec de l’ail frit, de l’oignon, parfois du poivre du Sichuan. Les versions « croustillantes » avec des morceaux dedans sont devenues très populaires ces dernières années. Sur des raviolis vapeur ou des œufs, c’est redoutable.

Le vinaigre de riz est plus doux et moins agressif que nos vinaigres de vin. Il assaisonne le riz à sushi, les salades, les sauces aigre-douces. Le vinaigre de riz noir (Chinkiang), plus complexe, accompagne les raviolis et donne du relief aux plats braisés.

Côté alcools, le mirin est un saké doux et sucré qu’on utilise au Japon pour aromatiser et apporter ce léger brillant aux sauces teriyaki. Le saké de cuisine sert à déglacer et à attendrir. Et le vin de riz Shaoxing est l’équivalent chinois, présent dans beaucoup de plats sautés. Sans lui, une recette chinoise authentique perd quelque chose.

Les aromates frais qui font la différence

Les sauces posent la base. Les aromates frais apportent la vie. Et là, pas de substitut en bocal qui tienne la route.

Le trio de départ, c’est gingembre, ail et oignon vert (la ciboule). On les retrouve dans à peu près tout, émincés ou en julienne, jetés dans le wok brûlant. Le gingembre frais n’a rien à voir avec la poudre : plus vif, plus citronné, presque piquant.

La citronnelle (lemongrass) parfume les currys thaïs et les bouillons vietnamiens. On écrase la tige et on l’utilise en bâton qu’on retire avant de servir, ou finement ciselée. Le galanga, cousin du gingembre, est plus poivré, plus résineux. Il est central dans le tom kha thaïlandais.

Le combava (kaffir lime) apporte ses feuilles ultra-parfumées et son zeste. Difficile à trouver frais en France, on le congèle facilement. La coriandre fraîche divise (gène génétique oblige, certains la trouvent savonneuse) mais elle est partout en Asie du Sud-Est. Et le basilic thaï, aux notes anisées, n’a pas grand-chose à voir avec notre basilic italien.

Les mélanges d’épices et poudres qui font le goût de l’Asie

On arrive aux épices au sens strict, sèches, en poudre ou en graines.

Le cinq-épices chinois mélange généralement badiane (anis étoilé), cannelle, clou de girofle, fenouil et poivre du Sichuan. Ce dosage couvre justement les cinq saveurs. Un soupçon suffit pour parfumer un canard laqué ou un porc braisé. Trop, et ça écœure.

Le poivre du Sichuan mérite sa propre ligne. Ce n’est pas un vrai poivre, mais une baie qui provoque cette sensation d’engourdissement pétillant sur la langue, le fameux « málà » quand on l’associe au piment. Unique en son genre.

Au Japon, le shichimi togarashi est un mélange de sept épices (piment, poivre sansho, sésame, algue nori, zeste d’agrume…) qu’on saupoudre sur les ramen, les brochettes yakitori et les bols de riz. Le wasabi, lui, est la moutarde verte des sushis. La plupart du wasabi vendu en tube est en réalité du raifort coloré ; le vrai wasabi reste rare et cher.

Pour les currys, on entre dans un autre monde. Les pâtes de curry thaïes (rouge, verte, jaune) mêlent piment, citronnelle, galanga, combava et crevette séchée. La verte est souvent la plus piquante, contrairement à ce qu’on croit. Côté indien, le garam masala assemble cumin, coriandre, cardamome, cannelle et clou de girofle, ajouté plutôt en fin de cuisson.

Par quoi remplacer une sauce asiatique quand on n’en a pas

Ça arrive à tout le monde : la recette demande du mirin et le placard est vide. Quelques dépannages qui fonctionnent vraiment.

Pas de mirin ? Un mélange de saké (ou vin blanc sec) avec une pincée de sucre s’en approche. Pas de sauce d’huître ? De la sauce soja claire avec un peu de sucre fait illusion dans un sauté, même si l’umami manquera. Le nuoc-mâm peut, à la rigueur, se remplacer par de la sauce soja, mais le résultat sera différent : la sauce de poisson à ce côté marin qu’on ne retrouve pas ailleurs.

Pour le vin de riz Shaoxing, un xérès sec (fino) est l’alternative la plus fidèle, bien plus que le vin blanc. Et si vous manquez de gochujang, mélangez du miso, de la sriracha et un peu de miel : ce n’est pas identique, mais ça dépanne pour une marinade.

Une chose à savoir quand même. Ces substitutions sauvent un dîner, elles ne reproduisent pas le goût d’origine. Pour cuisiner régulièrement asiatique, mieux vaut investir dans les vrais produits.

Où acheter et comment conserver ses sauces et épices

Les épiceries asiatiques restent la meilleure adresse : choix large, prix corrects, marques authentiques. À Bordeaux et autour de Mérignac, plusieurs commerces asiatiques proposent tout l’essentiel. En grande surface, le rayon « cuisine du monde » dépanne avec Kikkoman pour le soja, parfois Suzy Wan, mais le choix reste limité et les prix plus élevés.

Côté conservation, quelques règles simples. Les sauces fermentées (soja, nuoc-mâm, huître) se gardent longtemps, mais une fois ouvertes, le frigo prolonge leur fraîcheur et préserve les arômes. Le gochujang et le miso vivent très bien au réfrigérateur des mois durant. L’huile de sésame, elle, rancit : à l’abri de la lumière, et pas en trop grosse bouteille si vous l’utilisez peu.

Les épices sèches perdent leur parfum avec le temps. Le cinq-épices acheté il y à deux ans ne sent plus grand-chose. Achetez en petite quantité, gardez à l’abri de la chaleur, et fiez-vous à votre nez plutôt qu’à la date.

Tableau récapitulatif des produits essentiels

ProduitOrigineSaveur dominanteUsage principal
Sauce soja claireChine, JaponSalée, umamiSautés, marinades
Sauce soja foncéeChineSucrée, coloranteColorer les plats
Nuoc-mâmVietnamSalée, marineSauces, nems
Sauce d’huîtreChine (Canton)Salée-sucréePlats sautés
GochujangCoréePiquante, sucréeBibimbap, barbecue
Sauce hoisinChineSucrée-saléeLaquer canard, porc
Huile de sésameChine, JaponNoisette grilléeFinition
MirinJaponSucréeTeriyaki, sauces
Cinq-épicesChineAnisée, chaudeViandes braisées
Pâte de curryThaïlandePiquante, parfuméeCurrys, soupes

Questions fréquentes sur les épices et sauces asiatiques

Quelles sont les sauces asiatiques de base à avoir absolument ?

Pour débuter, cinq produits couvrent l’essentiel : la sauce soja claire, le nuoc-mâm, l’huile de sésame grillé, la sauce d’huître et une sauce piquante au choix (sriracha ou gochujang). Avec ça, vous cuisinez déjà une bonne partie des recettes chinoises, japonaises et vietnamiennes.

Quelle différence entre sauce soja claire et sauce soja foncée ?

La sauce soja claire est fluide et salée, c’est l’assaisonnement de tous les jours. La foncée est plus épaisse, plus sombre, légèrement sucrée, et sert surtout à donner de la couleur aux plats. On ne les remplace pas l’une par l’autre sans changer le résultat.

Le nuoc-mâm et la sauce de poisson, c’est pareil ?

Oui, nuoc-mâm est simplement le nom vietnamien de la sauce de poisson. En Thaïlande on dit nam pla, aux Philippines patis. Même principe : des poissons fermentés dans le sel. Les goûts varient un peu d’un pays à l’autre.

Quelles épices pour cuisiner asiatique sans se ruiner ?

Commencez par le gingembre frais, l’ail, le cinq-épices chinois et le poivre du Sichuan. Ces quatre-là ouvrent déjà beaucoup de recettes. Le reste (galanga, combava, citronnelle) s’ajoute au fur et à mesure, selon les plats que vous aimez.

Peut-on faire de la cuisine asiatique sans épicerie spécialisée ?

Oui, en partie. Les grandes surfaces proposent désormais sauce soja, nouilles et quelques sauces. Mais pour les produits frais (galanga, combava, basilic thaï) et les marques authentiques, une épicerie asiatique fait vraiment la différence. À Mérignac et Bordeaux, l’offre est suffisante pour bien s’équiper.

En cuisine, c’est l’usage qui compte

Si je devais ne garder que trois conseils de ce guide : goûtez en cuisinant plutôt que de suivre les doses à la lettre, n’achetez pas tout d’un coup, et méfiez-vous des produits « occidentalisés » comme la sauce soja sucrée. Le seul vrai défaut de cette cuisine, c’est qu’on se prend au jeu et que le placard finit par déborder…

Le mieux reste encore de goûter ces saveurs bien faites avant de se lancer. C’est tout l’intérêt de passer à table dans un restaurant qui travaille ces produits au quotidien : on repère ce qu’on aime, et on sait quoi chercher ensuite pour le refaire chez soi.

Publications similaires